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L'île où se déroule cette histoire est depuis toujours soumise à un étrange phénomène : les choses et les êtres semblent promis à une sorte d'effacement diaboliquement orchestré. Quand un matin les oiseaux disparaissent à jamais, la jeune narratrice de ce livre ne s'épanche pas sur cet événement dramatique, le souvenir du chant d'un oiseau s'est évanoui tout comme celui de l'émotion que provoquaient en elle la beauté d'une fleur, la délicatesse d'un parfum, la mort d'un être cher. Après les animaux, les roses, les photographies, les calendriers et les livres, les humains semblent touchés : une partie de leur corps va les abandonner.

En ces lieux demeurent pourtant de singuliers personnages. Habités de souvenirs, en proie à la nostalgie, ces êtres sont en danger. Traqués par les chasseurs de mémoires, ils font l'objet de rafles terrifiantes...

Un magnifique roman, angoissant, kafkaïen. Une subtile métaphore des régimes totalitaires, à travers laquelle Yoko Ogawa explore les ravages de la peur et ceux de l'insidieux phénomène d'effacement des images, des souvenirs, qui peut conduire à accepter le pire.

Quel roman... une angoisse sourde et une poésie qui une fois encore confine à la magie sous la plume de Yoko Ogawa!

Décidément quelle magicienne, je n'ai pas d'autres mots pour décrire ce roman étonnant, surprenant et déroutant.

Cette ile où les choses disparaissent, traquées par une police secrète qui elle ne disparait pas est juste terrifiante mais le tout est fait avec une simplicité horrible : pouf, les choses ne sont là et il faut vite les bruler. La scène des roses dont les pétales recouvrent les cours d'eau, les rivière, jusqu'à la mer est hallucinante.

La disparition du printemps est horrible avec tout ce qu'elle tire de conséquences macabres car la nourriture devient rare et les disparitions menacent la vie de tous et toutes!

Yoko OGOWA pousse ensuite jusqu'à l'extrême, et à l'absurde avec la disparation d'une jambe, y compris pour les animaux : le truc de fous.... et toujours avec cette tendresse poétique avec ces passages où elle décrit les jeux du chien, le grand père assis sur son caillou...

En parallèle, car ce roman, sublime, n'est pas que descriptif il y a toute l'intrigue autour de la pièce secrète où vit R. : l'organisation de la vie avec ce secret à cacher, les contrôle, la peur, comment se laver, manger, et survivre dans ce monde où tout disparait au sens propre....

En parallèle aussi l'intrigue horrible du roman qu'écrit/vait l'héroïne, une histoire qui elle ne parait que fictive mais qui est un écho horrible au monde l'ile qui lui résonne de façon réelle, bien trop réelle...

Un roman magistral, dérangeant de façon diffuse tant il installe un malaise palpable à l'image de la situation sur l'île mais portée comme toujours chez Yoko OGAWA par une magie, une poésie et une tendresse irrésistible : un chef d'œuvre.